Il ne faut plus se voiler la face sur la prise en charge des frais de scolarité, la crise est passée par là !

Les initiés l’appellent la PEC. Trois initiales qui semblent barbares. C’est pourtant tout le contraire puisqu’il s’agit de la prise en charge des frais de scolarité. L’idée ne date pas d’hier. Transposer le système de l’enseignement public gratuit aux Français expatriés était un projet inscrit dans les programmes présidentiels depuis 1981. François Mitterrand l’avait proposé, Nicolas Sarkozy l’a réalisé en 2007. Une promesse tenue.

La PEC ? Cela revient à permettre aux enfants français élevés à l’étranger, de bénéficier du système éducatif français par un droit à l’éducation aussi proche que possible de celui s’exerçant sur le territoire national. C’est la volonté d’étendre les principes de l’école de la République, de l’égalité des chances sans barrière socio-éducative ou financière. 

Sur le papier, la prise en charge des frais de scolarité est une belle idée sociale, une mesure appréciée et attendue par les familles. J’en suis bien consciente et m’en félicite. Aujourd’hui, la PEC concerne le second cycle, c’est-à-dire les classes de seconde, première, terminale.

Mais a-t-on vraiment bien mesuré l’impact d’une telle mesure ? Aujourd’hui, elle nécessite des corrections en urgence. Il ne faut plus se voiler la face ! Véritable gouffre financier, les meilleures prévisions estimaient un surcoût de plusieurs centaines de millions d'euros à l'horizon 2020 en laissant aller la mesure à terme. Mais un autre problème, et pas des moindres, est passée par là : la crise économique ! En d’autres termes, les caisses sont vides, il n’y a plus d’argent pour financer ce projet très généreux et ambitieux.

Première conséquence ? En arrêtant les frais d’écolage au niveau des années 2007-2008, nous nous retrouvons à accorder des bourses pour combler l’inflation des prix. Voilà qui n’était absolument pas prévu !  

Deuxième conséquence ? Restriction budgétaire oblige, l’AEFE exige maintenant des familles qu’elles fassent mention du niveau de leur revenu dans leur dossier de demande et de préciser au paragraphe « 1.2.2 Ressources » de l’instruction spécifique AS- PEC 2012/AEFE « Il pourra être  tenu compte du revenu brut de la famille ». Voilà qui n’était absolument pas dans l’esprit de l’initiateur de la PEC, le Président de la République. L’AEFE justifie cette décision par le fait qu’au cas où le budget dont elle a été dotée ne serait pas suffisant pour répondre à toutes les demandes, elle pourrait ainsi établir un ordre de priorité parmi les familles bénéficiaires de la PEC. Nul doute qu’il faudra dans un avenir proche revoir le système qui présente désormais de sérieuses carences dans la distribution et l’équité. Car en arriver à l’éviction de l’élite intellectuelle au profit d’une élite économique serait une variable d’ajustement insupportable !  Ma propre sensibilité me porte à ce jour vers une dotation plus importante du système des bourses au profit de la PEC.

Troisième conséquence ? Souvent reprise en toile de fond, la prise en charge des frais de scolarité des enfants d’expatriés permet aux plus populistes, de la droite dure de l’UMP à la gauche socialiste démagogique, de justifier une « fracture fiscale » en faisant des Français de l’étranger des boucs émissaires de la crise, des profiteurs du système. Un effet collatéral symbolique, mais dévastateur.

Votre opinion m’intéresse. Etes-vous pour le statu quo actuel, avec ses différentes faiblesses, ou une approche basée sur un système de dotation de bourses plus conséquentes ?